le contexte
Déjà pendant le festival estival de Carcassonne 2009, le groupe OC avait subi quelques critiques passées presque inaperçues, tellement la prestation avait été exceptionnelle.
En effet certains reprochaient au groupe OC de chanter en occitan lors de leur spectable sur la croisade albigeoise ! La belle affaire...
Malheureusement ces critiques n’allaient rester lettre morte ! En effet la direction du festival de Carcassonne a décidé de sortir le groupe OC de la programmation 2010.
Jean Louis Gasc conférencier à la cité de Carcassonne le dénonce sur son site http://almouni.blogzoom.fr.
Anne Brenon, la référence en catharisme, émue a décidé de sortir de sa réserve. Voici sa tribune :
Lettre ouverte d’Anne Brenon
"Adiu paura Carcassona
Je vais essayer de dire le chagrin et la colère d’une occitane de coeur. Pour paraphraser l’Aragon de Ferrat : « Ah comme j’y ai cru, comme j’y ai cru, et voici que je suis devenu vieux »... Mais qui est devenu vieux ? Des mots viennent d’être prononcés, écrits, je les ai lus, ils sont irréparables, car ce sont des insultes : « Médiocre », « ringard »... De quoi parlent-ils, les élus du peuple qui emploient ces mots ? Si j’ai bien compris : du spectacle du groupe Oc, « cathares », consacré aux événements de 1209, qui a embrasé le théâtre de la Cité en août de l’été 2009. C’est ainsi qu’ils expliquent que ce type de création ne sera pas reconduit en 2010 dans la programmation culturelle de la ville - qui dans la même foulée affiche un Festival de pure logique show-bizzness parisiano-mondialisée.
« Médiocre », « ringard », dans la bouche des « Argentins de Carcassonne, » comme disait le grand Jacques (vous savez, ceux qui passent leur vie à tenter d’apprendre à danser les claquettes de la cour...), ça veut dire quoi ?
Médiocre, ringard, de faire sonar l’oc, à Carcassonne, en plein mois d’août devant plusieurs dizaines milliers de personnes, visiteurs et autochtones confondus ? De la dire, cette langue, la chanter, la rire, la faire gronder - tout en prenant soin de la garder toujours intelligible à tous (et d’abord à ceux qui ne l’avaient jamais entendue, et vont repartir plein d’éclats d’or dans les oreilles) ?
Médiocre, ringard, de mettre à la portée de tous la grande voix des poètes occitans, de l’anonyme troubadour du XIIIe siècle, auteur de la Canso de la Crosada, à René Nelli ? de redessiner le rempart de pierre à la lumière des manuscrits médiévaux, rendre vie aux miniatures, leurs gestes aux archers qui défendaient la ville, le vent dans les bannières qui claquaient, leur sourde rumeur aux massacres ?
Médiocre, ringard, de rendre aux bons hommes occitans la verve de leur parole, que nous ont paradoxalement conservée les registres de l’Inquisition ? d’ouvrir en grand les livres des hérétiques, leurs bibles en occitan dans le texte, avec leurs mots d’évangile et leurs envoûtantes enluminures ?
Médiocre, ringard, d’en appeler à la force vraie de l’histoire ? de montrer la mort de Raimond Roger Trencavel, de parler des bûchers ? Au fait, l’appellation contrôlée « Pays cathare », qui justifie et sanctifie tant d’investissements délirants, au dépit de toute recherche historique, de la part des mêmes « élus du peuple », n’est-elle donc pas un tout petit peu « ringarde », elle non plus ?
Médiocre, ringard, d’oser créer, composer des musiques, ranimer des instruments éteints, en inventer de nouveaux, oser écrire des textes, faire exploser l’imaginaire sous-tendu par l’Histoire ?
Médiocre, ringard, pour des élus de gauche, de proposer un spectacle populaire et familial, dont le prix des places soit accessible aux pauvres (que nous sommes presque tous, aujourd’hui) ? Un spectacle porteur de sens, ouvert sur les deux bouts du réel, celui d’hier et celui d’aujourd’hui ?
Soyons modernes, nous disent-ils, conformons nous. C’est ringard de réfléchir, médiocre d’oser. Effaçons en nous tout ce qui nous redresse et nous permet d’aller vers les autres le coeur plein et les mains ouvertes. Que Carcassonne rentre dans le rang. Allez, tout le monde aux claquettes !
Paura Carcassona.
Toute ma fraternité à tous les camarades (joli nom) Des géniaux viticulteurs d’Argeliès aux enfants de Carcassonne et aux heureux touristes d’août 2009, qui sont repartis avec le sourire. A la plus ringarde, à leurs yeux, des valeurs ; celle que découvrit et reconnut, un jour de 1941, à la bibliothèque de Marseille, la philosophe Simone Weil, qui s’empressa ensuite de venir s’en entretenir, à Carcassonne, avec René Nelli : à Paratge"
Anne Brenon