Introduction à la croisade des Albigeois
1209 – 2009 : Il y a 8 siècles, la croisade contre les "Albigeois" allait entrer dans sa phase militaire active. Elle se concrétise tout d’abord par le rassemblement des troupes militaires au bord du Rhône. La première action, et non des moindres, est le sac de la ville de Béziers en Juillet 1209. La conquête militaire s’achève en 1229 par la signature du traité de Meaux qui rattache définitivement le Languedoc à la couronne de France : L’entité France telle que nous la connaissons est née ! Elle n’évoluera guère plus au cours des siècles qui vont suivre.
L’événement est d’importance n’est ce pas ? Et pourtant quelle place occupe t’il dans les livres d’Histoire des programmes scolaire ? Le programme d’Histoire de la classe de cinquième consacre 10% de son temps à l’occident féodal (XIe – XVe siècle). 4 heures d’Histoire - Géographie hebdomadaire sur 35 semaines de cours annuels, attribuent 70 heures à l’Histoire soit 7 heures en cinquième qui est consacré à l’époque féodale exposée en 4 thèmes :
Paysans et seigneurs,
Féodaux, souverains et premiers états,
La place de l’Eglise,
L’expansion de l’occident.
On y parle de féodalité, de personnages qui ont contribué à la construction de l’Etat en France, d’événements comme la bataille de Bouvines ou le procès des Templiers, de la première croisade à Jérusalem, de la Reconquista espagnole face aux musulmans. La place accordée à la croisade albigeoise et son dénouement est nulle sauf dans quelques contrées languedociennes. Dont acte.
Le but est de comprendre pourquoi ce fait n’est jamais évoqué : a t’on peur d’évoquer une croisade voulue par la papauté, exécutée par le royaume de France contre d’autres chrétiens sur un territoire chrétien ? A t’on peur de raviver une guerre Nord – Sud ?
Mon cheminement
En attendant la date anniversaire du début de la croisade, le but de cette chronique sur la croisade albigeoise et sur le catharisme sera de vous conter le cheminement de la montée de l’hérésie en l’an mil à l’assassinat du légat du Pape, Pierre de Castelnau le 14 janvier 1208 – élément déclencheur de la croisade. Je vous présenterai également les principaux protagonistes coté croisés : les rois de France, la papauté, les ordres religieux, l’empire germanique, ainsi que ceux coté occitans : Les rois d’Aragon, les comtes de Toulouse, de Foix, le vicomte d’Albi, de Carcassonne et de Béziers, les religieux cathares... Je tacherais également démystifier la religion cathare, de montrer qu’elle n’est en définitive qu’une dissidence chrétienne parmi d’autres, loin de toutes dérives sectaires qui l’ont lié par le passé aux templiers et au trésor du Graal.
Il sera temps alors de vous narrer la croisade en elle-même, le rassemblement au printemps à Lyon des barons du royaume de France, du massacre suivant la prise de la ville de Béziers le 22 juillet, un mois plus tard, le 15 aout 1209, de la chute de Carcassonne, considérée imprenable, qui verra l’avènement de Simon de Montfort comme chef militaire de croisade. Ce même chef qui défiera et tuera le roi d'Aragon à Muret en septembre 1213, qui deviendra en 1215 comte de Toulouse et qui, le 25 juin 1218 sous ces remparts de Toulouse se fera tuer par le boulet d’un engin de guerre manipulée par des femmes. Ce sera alors le temps de la reconquête occitane menée par le jeune conte de Toulouse Raymond VII. Elle durera jusqu’en 1226 avec une nouvelle expédition menée en personne par le roi Louis VIII. Tout espoir occitan se brisera le 12 avril 1229 avec le traité de Meaux que signera Raymond VII offrant le Languedoc au roi de France, le futur Saint Louis.
Puis après vient l’heure de la reconquête religieuse par la papauté. Elle commence en 1233 par la mise en place de l’Inquisition. Pour les cathares et leur église, la chute de Montségur le 16 mars 1244 et le bucher qui s’en suit, sonne comme le glas de leur espérance. La suite ne sera que fuites, caches, traques des religieux cathares de moins en moins nombreux. Bien sûr, quelques tentatives désespérées ont bien lieu comme le massacre des inquisiteurs à Avignonet en Lauragais en 1242, ou comme la tentative des frères Authier de faire ranimer la flamme cathare, mais le dernier parfait (appellation d’un religieux cathare) sera conduit au bûcher en plein cœur des Corbières en 1321. Le catharisme en tant que religion a dès lors complètement disparu des terres occitanes. Il subsiste encore quelques foyers en Italie du Nord qui profitent de la protection de l’Empereur Germanique qui s’oppose à la papauté. Elle dure jusqu’à la prise de Vérone et de Sirmione en 1378 par les hommes du Pape. C’en est fini du catharisme.
Son esprit quant à lui demeure. Les foyers protestants au 16e siècle s’éveilleront sur les cendres du catharisme. Plus proche de nous, le label "Pays Cathare" à vocation touristique est défini par le département de l’Aude. L’an passé, la loi constitutionnelle du 23 juillet 2008 de modernisation des institutions de la Ve République a introduit dans la Constitution un article 75-1 nouveau aux termes duquel « Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France ». Paradoxe de l’Histoire, 800 ans après, les hérétiques cathares supplantent dans le cœur des hommes les pourfendeurs catholiques associés dès lors à leurs bourreaux.
A travers tous les articles que je publierais, une place importante sera faite aux sources qui ont permis et qui permettent encore à des historiens reconnus pour leurs études sur la croisade albigeoise et le catharisme de nous faire découvrir avec passion ce pan de notre histoire trop méconnue.
J’espère que la lecture de ces quelques feuillets sera une joie pour vous. Si tel est le cas, revenez et n’hésitez pas à le dire autour de vous. Soyez critiques et bonne aventure !
Bien amicalement,
Christophe